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Catalyseur d’exclusion des musulmanes au Canada

La Presse par Nadia Naffi 02 avril 2017

Que dirait-on si les religieuses en tenue devenaient le visage de toutes les femmes chrétiennes ?

Les cultures occidentales tendent à représenter toutes les femmes musulmanes, voilées ou non, par le hidjab que portent certaines d’entre elles. Nous attachons une connotation négative au hidjab. Nous affirmons que toutes les musulmanes – d’une manière ou d’une autre – sont opprimées, puis nous courons à leur rescousse.

C’est ce qu’a fait Nike en lançant son tout nouveau produit – le Pro Hijab – pour « libérer » les femmes.

Je suis musulmane. Je ne porte pas le hidjab. Je n’en suis pas moins musulmane.

Pourtant, personne ne me regarde différemment ou ne me considère comme opprimée ou sans défense.

Beaucoup applaudissent l’initiative à caractère inclusif de Nike sans reconnaître les femmes en hidjab qui ont déjà gagné leur juste place dans le monde de l’athlétisme. Certaines d’entre elles ont même participé aux Jeux olympiques. Amna Al Haddad, haltérophile extraordinaire, et Zahra Lari, figure d’élite du patinage artistique, sont des exemples d’athlètes féminines qui n’ont jamais été gênées par leur voile et qui, en qualité de championnes mondiales de leur sport, ont réussi à se faire un nom.

À l’autre extrémité du spectre, Je’Nan Hayes, une adolescente, a été contrainte le 3 mars dernier de demeurer assise tout au long d’un match final de basketball régional. Elle a encouragé son équipe, ignorant que son hidjab lui ravissait son juste droit de participer à une partie pour laquelle elle était tout à fait qualifiée.

En fait, le problème – il est grand temps de le reconnaître – réside dans la connotation que nous faisons porter au hidjab, et non dans sa conception ou le tissu dont il est fabriqué. Le Pro Hijab de Nike, comme tout autre vêtement de sport conçu pour mieux satisfaire les besoins des utilisatrices et utilisateurs, est sans doute commode pour les athlètes qui choisissent de porter un hidjab lorsqu’elles pratiquent leur sport. Il répond peut-être aussi aux besoins commerciaux de Nike en permettant à l’entreprise d’atteindre les consommatrices du monde arabe.

Cela dit, il ne libérera pas les femmes musulmanes, et encore moins celles qui portent le hidjab. Il aura plutôt pour effet d’intensifier leur exclusion en Occident.

RÉACTIONS ENFLAMMÉES

Nombreux sont ceux et celles qui ont brutalement réagi sur les médias sociaux au lancement du Pro Hijab de Nike. Sur Twitter, dans un tintamarre de gazouillis, on promettait de boycotter le produit et accusait Nike de normaliser la domination et l’oppression des femmes. Dans des propos de plus en plus enflammés, on condamnait toute forme de hidjab et braquait les projecteurs sur les différences entre la femme musulmane et sa consœur occidentale. Puis, les attaques se sont envenimées jusqu’à mettre un signe d’égalité entre l’islam et le terrorisme.

Mettre en évidence la nécessité du hidjab aura pour effet – encore une fois – d’aliéner les femmes musulmanes en Occident.

Les êtres humains sont attirés par ceux et celles qu’ils considèrent comme leurs semblables. Ils se sentent plus en sécurité auprès d’eux. Or, les humains, lorsqu’ils rencontrent des gens différents, perdent souvent leur impartialité en croyant se protéger ou en voulant préserver leurs intérêts moraux, leurs valeurs, ou les standards selon lesquels ils vivent.

Bien des gens en savent très peu sur l’islam ou encore, sur ce que signifie véritablement le hidjab pour les femmes qui choisissent de le revêtir. La plupart sont même influencés par la propagande négative qui entoure le hidjab. Comme première réaction, ils pourraient être tentés de se distancer de toute connexion avec la religion qu’ils craignent, y compris les musulmanes qui portent le hidjab.

Quand cela leur adonne de rencontrer une femme voilée, ces gens ne savent pas la plupart du temps comment réagir. Certaines personnes s’en préoccupent et se fondent sur ce qu’elles croient être les caractéristiques d’une femme qui porte le hidjab. Il est possible qu’elles la traitent en tant qu’être faible ou opprimé et la considèrent comme une victime sans défense.

Pour les femmes, la perte de l’égalité des droits est liée à tort au port du hidjab, et celui-ci, malgré la valeur qu’il représente aux yeux de celles qui le portent, est considéré à tort comme un élément essentiel de l’identité de la femme musulmane.

Il est plus que temps que l’on cesse de se concentrer sur le voile dont se couvrent certaines femmes, pour plutôt porter notre attention sur la personne qui le porte.

Il est plus que temps que les femmes musulmanes voilées cessent d’être le visage de toutes les musulmanes. C’est alors seulement que toutes les Canadiennes de religion musulmane, y compris celles qui portent le voile, deviendront tout simplement : des Canadiennes.

NADIA NAFFI, DOCTORANTE ET CHERCHEUSE ENGAGÉE À L’UNIVERSITÉ CONCORDIA, EXPERTE DES MÉDIAS SOCIAUX ET SPÉCIALISTE EN MATIÈRE D’INCLUSION ET D’INTÉGRATION SOCIALES