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Quand les enseignants canadiens de français langue seconde innovent pour résister

The Conversation par Mimi Masson 28 juin 2017

Le bilinguisme français-anglais occupe une place centrale sur la scène du multiculturalisme canadien. Les programmes de langue française dans nos écoles – c’est-à-dire le français de base, le français enrichi et l’immersion française – sont reconnus dans le monde entier en éducation linguistique.

Et pourtant, nos plus grandes vedettes travaillent sans filet. Les professeurs de français langue seconde (FLS) voient l’accès à leur propre salle de classe disparaître en raison de coupes budgétaires. Nombreux sont les professeurs qui se sentent déconnectés, isolés ou exclus de leur milieu professionnel. Les écoles abondent de professeurs qui parlent et maîtrisent la langue français mais refusent catégoriquement de l’enseigner.

La question primordiale est donc la suivante : les communautés d’apprentissage professionnelles peuvent-elles inverser cette tendance ?

Je suis doctorante à l’Ontario Institute for Studies in Education (OISE) à l’université de Toronto, et je travaille avec des communautés d’apprentissage professionnelles (CAPs) qui sont très prometteuses. Lorsque celles-ci entrent en piste, elles encouragent la prise d’initiative, l’entraide, et le sens de la communauté parmi le personnel enseignant.

En tant que professeur de français et d’anglais langue seconde, j’ai eu l’occasion de développer de nouveaux cursus pour tester des programmes de langues innovants, pour ensuite former les professeurs à les enseigner dans leurs classes. Je recherche actuellement comment les CAPs peuvent réduire le phénomène que je nomme « la fuite des enseignants de FLS ».

Dans une étude sans précédent qui explore l’évolution de la pratique professionnelle des enseignants canadiens de français langue seconde, j’analyse la participation de deux enseignantes de FLS qui ont fait partie d’un projet novateur nommé CAP Virtuelle. Je travaille avec les données collectées, pendant quatre ans par Dr. Mary Kooy, parmi un groupe de 17 enseignantes de matières différentes. Cette étude met en évidence la complexité du quotidien des enseignantes à travers les centaines d’heures d’enregistrements, les postes de blog, les photos, les ressources pédagogiques, les visites scolaires et les sondages.

Le but principal de la CAP Virtuelle était de soutenir les enseignants insatisfaits. Il est particulièrement intéressant de noter que les enseignantes qui pensaient quitter la profession sont finalement restées – et beaucoup d’entre elles sont devenues des leaders dans leurs écoles. Dans mon étude, je m’intéresse à découvrir comment les enseignantes ont vécu cette expérience, afin de trouver un moyen d’intégrer ces données au développement professionnel des enseignants de FLS au Canada.

Enseigner « à la carte »

Jusqu’à 63 % des enseignants de français langue seconde enseignent « à la carte ». Ce terme inventé par les enseignants fait référence au fait de courir de classe en classe en poussant un chariot (du mot anglais cart) rempli de matériel pédagogique (#FSLNoMoreCarts).

Les choses sont devenues si difficiles pour les enseignants de FLS qu’un grand nombre d’entre eux ont soit considéré quitter ou ont déjà quitté la profession. Nombreux sont ceux qui quittent la salle de classe de français pour aller enseigner en anglais dès que possible.

C’est devenu un vrai problème pour les écoles canadiennes qui cherchent désespérément des enseignants de français, surtout que c’est une matière qui fait partie du parcours scolaire de 85 % des enfants canadiens. Cette année, un conseil scolaire ontarien a considéré la situation si pressante qu’une demande formelle pour examiner ce problème a été adressée au Ministère de l’Éducation.

Les parents aussi bien que les élèves sont motivés à apprendre le français. L’histoire du Canada bilingue, partagée sur la scène mondiale, a touché beaucoup de familles qui viennent s’installer ici et veulent participer au multiculturalisme canadien. L’enseignement du français est une façon d’assumer cette identité canadienne et de légitimer les autres langues que ces familles plurilingues apportent avec elles dans notre pays. Après tout, si nous accueillons la francophonie à bras ouvert, il est sûrement possible d’accueillir aussi le chinois, l’italien l’urdu et bien d’autres langues. Les familles qui sont établies au Canada depuis longtemps ressentent aussi que le fait d’apprendre le français constitue pour leurs enfants un sérieux atout au sein du marché mondial.

Les communautés d’apprentissage professionnelles

Les enseignants qui se rassemblent dans des communautés d’apprentissage professionnelles visent à améliorer leur pratique et les expériences d’apprentissage de leurs élèves. Ils se rencontrent pour discuter de questions importantes pour eux, selon les besoins de leurs élèves, et développent des stratégies pour ensuite les tester dans leur salle de classe. Les CAPs sont essentielles au développement professionnel car elles permettent aux enseignants de s’impliquer lors de leur apprentissage professionnel. Elles facilitent la création d’environnements créatifs et propices à l’entente entre collègues. Les réseaux d’apprentissage, qui soutiennent les enseignants, permettent de faire briller les qualités de chacun dans le groupe en plus de leur donner l’occasion de s’exprimer.

Les enseignants qui se sentent bien dans leur milieu professionnel sont moins sujets au stress. Imaginez une salle remplie d’enseignants qui affûtent leurs compétences professionnelles, partagent leurs savoirs, et se poussent à faire de leur mieux. Cela donne non seulement des enseignants plus heureux, mais aussi de meilleures écoles et des élèves qui apprennent mieux.

Le développement collaboratif et continu des enseignants de FLS est un pilier essentiel au succès bilingue de nos enfants qui fréquentent des écoles faisant partie d’un système scolaire où les programmes de langue française sont financés par le gouvernement aux niveaux fédéral et provincial.

Jusqu’à présent, il y a peu de recherches pour indiquer comment les enseignants de FLS cheminent dans ce type de réseaux professionnels. Les données rassemblées par le projet CAP Virtuelle semblent indiquer que le temps, l’apprentissage actif, le développement relationnel, la confiance, les motivations partagées et les décisions mutuelles sont essentielles pour la réussite des communautés d’apprentissage professionnelles des enseignants.

Cette approche au développement professionnel, pourrait-elle améliorer la performance et le nombre d’enseignants de FLS au Canada ?

Un nouveau contexte d’apprentissage pour les enseignants de français au Canada

Je compte continuer mes recherches avec les enseignants de français langue seconde pour développer un modèle d’apprentissage professionnel propre aux écoles canadiennes et les aider à prendre en main leur apprentissage et à s’identifier comme bilingues. Ils pourront explorer ce que c’est que d’être un représentant bilingue auprès des élèves et d’ainsi prôner l’usage du français et de l’anglais dans les écoles canadiennes.

Partager les résultats par le biais de l’art et de la musique offre un moyen de ré-imaginer le récit qui accompagne les enseignants de français langue seconde et de transformer la culture d’apprentissage pour inclure les réseaux de collaboration professionnel. Ceci permet aussi de repenser les méthodes d’apprentissage pour inclure les aspects sociaux, et les partager avec les collègues, l’administration scolaire, les parents et les élèves.

Mon étude remet en question le modèle d’apprentissage des enseignants de FLS, ainsi que leurs conditions de travail. Elle place les enseignants au cœur d’un dispositif où ils sont des apprenants actifs et auto-régulés dans leur propre développement professionnel. Le projet vise donc à développer et enrichir l’apprentissage professionnel des enseignants de français langue seconde au Canada.

Mimi Masson is a PhD student in Language and Literacies Education at the Ontario Institute for Studies in Education (OISE), University of Toronto